mercredi 20 août 2008

Un peu d’histoire : chanson traditionnelle et commerce des fourrures

Au printemps 2007, j’avais fais dans le cadre de Tradosphère deux chroniques sur les chansons de voyageurs. (Petit aveu : quand je parle de l’histoire du commerce des fourrures dans mes chroniques, c’est que je suis dans une période soit très occupée ou alors très paresseuse puisque c’est un sujet que je vulgarise depuis longtemps dans le cadre de mes fonctions professionnelles!) J’en reproduit ici les grandes lignes :

Qui sont les voyageurs?
Les voyageurs étaient les hommes engagés par les marchands de fourrure montréalais, tel que ceux qui formaient la North West Company, afin d’assurer le transport des marchandises. On les nommait aussi engagés. La plupart des voyageurs sont des Canadiens français. Recrutés dans les campagnes autour de Montréal, ils sont en général peu instruits et même souvent analphabètes.

Levé à l’aube, le voyageur travaille plus de quinze heures par jour. Son principal travail consiste à manier l’aviron. Lorsque des obstacles entravent la routes des canots, il doit recourir à diverses méthodes pour les contourner : la demie-décharge, la décharge et le portage. La partie du travail des voyageurs qui nous intéresse dans le cadre de cette chronique est le maniement de l’aviron.

La vie de voyageurs était dure et même dangereuse. Le canot est une embarcation fragile et les portages demandent aux voyageurs de transporter plus que leur propre poids. Noyades, hernies, membres cassés, entorses dorsales, rhumatisme étaient le lot des voyageurs. Aussi, il fallait supporter les moustiques, marcher régulièrement dans une eau très froide et avoir un gros penchant pour les fèves au lard et la soupe aux pois!

On trouvait dans un canot de Montréal une dizaine d’hommes. On avironnait généralement 55 minutes par heure et on prenait cinq minutes de pause pour fumer la pipe. Chanter permettait aux voyageurs de conserver le rythme, c’est-à-dire parvenir à ce que les dix hommes donnent leur coup d’aviron en même temps. Le chant avait aussi pour but de leur donner du courage et d'oublier les efforts, l’heure du prochain repas ou le fait qu’ils s’ennuyaient d’une belle restée à leur village natal! On dit qu’un voyageur possédant une belle voix et un bon répertoire pouvait obtenir de la compagnie qui l’employait un bonus en argent ou une ration supplémentaire de rhum.

Les chansons de voyageurs
L'expression chansons de voyageurs désigne plusieurs catégories de chansons. Tout d’abord, ce terme peut désigner des chansons (souvent des complaintes) relatant les difficultés du métier ou des tragédies survenues dans l’histoire du commerce de la fourrure. On chantait plutôt celles-ci en soirée, autour du feu. (Ex : Épouser le voyage, Le 6 de mai, Les bois-brûlés) Parfois, comme dans le cas de la chanson C’est l’aviron, seul le refrain de la chanson décrit la vie des voyageurs alors qu’on continue de chanter les couplets d’une vielle chansons française.

Car le plus souvent, l'expression s'utilise pour parler de toutes les chansons populaires qui accompagnaient le maniement de l’aviron. On dit que les voyageurs appréciaient les chansons longues, ayant un bon rythme… et si possible parlant de fille! En fait, le chant de travail était une tradition bien implantée dans toute la société rurale de l’époque et en ce sens les voyageurs ne faisaient que poursuivre la façon de faire de leurs parents. La différence, c'est que les voyageurs ont eu davantage de témoins et qu'ils ont fait voyager leur chant à travers le continent.
Enfin, le soir venu, les voyageurs entonnaient aussi des chansons à boire et à danser. Les voyageurs pratiquaient un métier difficile mais étaient reconnus pour être de bons vivants.

Témoignages et prestiges des chansons de voyageurs
Si nous connaissons la place que tenait le chant dans le travail des voyageurs, c’est beaucoup grâce aux témoignages d’hommes d’affaires, d’explorateurs et de scientifiques qui ont voyagé à bord de leurs canots. En effet, les voyageurs ont transporté dans toute l’Amérique ces hommes qui souvent tenaient des journaux de voyage. Voici quelques exemples de ces témoignages :

De la Rochefoucault, exilé français en voyage au Haut-Canada, a écrit que les Canadiens qui les conduisaient, comme à l’habitude, ne cessaient pas un instant de chanter. Il ajoute que dans tous les voyages qu’ils entreprenaient, les chants accompagnaient le mouvement des avirons et que les chansons débutaient aussitôt que les rameurs saisissaient l’aviron et ne finissaient que lorsqu’ils le quittaient. En 1810, l’explorateur Ross Cox, écrit que les voyageurs « chantèrent leurs agréables chansons d’avirons, oubliant ainsi leur faim ». C’est aussi grâce à ces témoins nous pouvons connaître la popularité de certaines chansons comme À la claire fontaine, Ah si mon moine, Trois beaux canards, À St-Malo beau port de mer, Le premier jour de mai, ou J’ai cueilli la belle rose.

Un autre signe de l’importance du rôle et de la renommée des chansons interprétées par les voyageurs est que même leurs patrons les avaient adoptées. On raconte que lors d’une rencontre du Beaver Club, John McGill chanta d’une voix sonore une chanson de canotier en imitant le mouvement et le rythme de l’aviron. Un autre témoignage parle d’un banquet chez les McGillivray où l’on pria un invité de chanter une chanson de voyageur, soit Le premier jour de mai.


(Note: une bonne partie de ses informations proviennent d'articles de Marius Barbeau).

1 commentaires:

Bengal a dit…

Merci, Christiane! History is part of us and our traditions and passions. And what is the Quebecois art besides a celebration of all of this? Very interesting blog.

Bengal